Rechercher dans ce blog

vendredi 5 janvier 2018

Tintin!?

 Je crois que je n'ai jamais cité Hergé en plus de 9 ans de blog!? Hérésie? En fait ce n'est juste pas mon goût. J'ai découvert la BD à 7 ans avec Tintin (l’étoile mystérieuse) mais si je les ai tous lus, je les ai tous rangés pour ne quasi jamais les lire à nouveau. Par paresse peut être. Et la découverte de Rahan, puis de Franquin, puis les comics...a fait le reste. Rien qu'en franco belge le trait de Franquin m'a fermé la porte au trait clinique, froid mais parfait, de Tintin et de son studio.
Reste que Tintin marque une forme de perfection narrative, d'aseptisation du trait, d'épure qui, forcement, traumatisa tous les auteurs cherchant à aller vers cette forme "ultime" (on pense à Chris Ware parmi bien d'autres qui ne se contentent pas de singer le Maitre) 
Des bouts d'albums me sont restés en mémoire, et des couv, dont celle ci, superbe, que j'avais bien sur dans sa version ci dessus
Sur les deux ci dessous les changements ne sont pas énormes mais quand même, notons du noir dans les rochers!!! (et donc, j'aime mieux :)
 
 Le prétexte à cette entrée c'est ça : un magnifique hommage à cette couv par le génial René Follet!!!

7 commentaires:

RDB a dit…

Tintin ou Franquin, c'est un peu comme les Beatles ou les Stones : un débat qui ne cessera jamais de diviser les fans.
Pour ma part, je suis comme toi, j'ai lu la série dans ma jeunesse pour ne jamais y revenir, je ne possède plus qu'un album dans ma bibliothèque ("Le secret de la Licorne" couplé dans un seul volume "France Loisirs" avec "Le trésor de Rackham le rouge") et si je ne l'ai jamais vendu, c'est parce que la reliure est trop abîmée !

Le système Hergé, avec son fameux studio, m'a toujours froissé à cause de son refus de citer ses collaborateurs (au moins les plus importants), alors que Franquin a toujours tenu à créditer Jidéhem, Will ou Greg. Tintin, en tant que perso, ne m'a jamais touché alors que Spirou a un côté sympa immédiat, son duo avec Fantasio est extra (alors que Haddock est poivrot gueulard horripilant), etc.

Malgré tout, je garderai toujours en mémoire une sorte d'exposé écrit par Moebius dans un album d'illustrations ("Venise céleste") où il expliquait fort bien pourquoi Hergé et Franquin représentait les deux pôles de la BD. Pour lui, il ne s'agissait pas de discuter de leur talent, leur influence, mais de revenir à la technique, qui résumait aussi leurs tempéraments. Franquin était le mouvement, le nerf, la fougue, la folie presque. Hergé était le trait, la maîtrise, la ligne, le contrôle. Moebius pensait que c'était une affaire de muscles et de discipline : pour atteindre la ligne claire, il faut être dans une retenue, une zénitude absolues, c'est un dessin tendu, fermé, où la main tient ferme le crayon et la plume. Pour atteindre le mouvement de Franquin, il faut lâcher prise mais sans déborder, c'est un dessin nerveux, déchaîné, mais précis, où la main se détend, le crayon file, où le pinceau cède sa place à la plume.

Hergé est un marathonien. Franquin un sprinteur.

Pourtant, on voit que ces deux extrêmes avaient en commun le doute, ils ont souffert de ça toute leur vie, sombrant même dans la dépression, le blocage, la panne. C'étaient des insatisfaits : Hergé a refait ses albums pour les améliorer, Franquin n'était jamais content de sa production. Tintin a fini par absorber son créateur, Franquin a flippé quand il a senti que Spirou puis Gaston menaçaient de l'engloutir. C'est assez fascinant, cet effet miroir chez deux personnalités aussi dissemblables pourtant. Mais ça résume en fait les deux grandes écoles du dessin, pas seulement franco-belge mais mondial : l'épure contre le foisonnement. Au fond, le dessin ne dépasse-t-il pas le dessinateur, l'artiste contrôle-t-il vraiment ce qu'il fait ?

Philippe Cordier a dit…

Bonne analyse, et sans surprise le grand Moebius était limpide et exact dans ses propos

Laurent Lefeuvre a dit…

Je sors de la chambre de mon fils (5 ans), où je viens de lui lire nos 6 planches quotidiennes de Tintin.

Nous avions commencé l'Île Noire le mois dernier, dans la foulée du Lotus Bleu, mais j'ai comme entre temps, j'ai récupéré l'album qui se situe entre les deux (- L'Oreille Cassée) nous avons interrompu l'Écosse pour la recherche du fétiche Arumbaya.

Tintin et Buster Keaton resteront comme les deux découvertes du fiston, pour cet automne 2017 (les analogies entre les deux sont d'ailleurs étonnantes).

Au moyen d'un système de feuilles pour cacher les cases suivantes, je lui dévoile chacune, dans l'ordre, au moment de la lire.

J'ai toujours aimé Tintin, et me suis toujours emmerdé sur Astérix.

Tintin, c'est shamanique, pour moi. L'Île Noire me fascine (J'ai l'édition 2 et 3).

Je rêve de faire tout un album de Fox-Boy qui serait un pur album de ligne claire, dans la stricte tradition de Tintin.

un jour, peut-être...

Je ne suis pas le seul auteur dans ce cas : Olivier Josso a livré pour l'Association, un album intitulé "Au Travail", où son obsession pour cet album vire au psychédélique). Idem pour Michel Plessix, dont c'était l'album préféré.

Je suis persuadé qu'Alan Moore (si jamais il ne le connaît pas) y trouverait des arcanes pour ces théories sur l'Art Magique de la BD. Idem pour Charles Burns.

Il est donc tout à fait logique que Mœbius s'y soit penché aussi.

jimmyraker a dit…

Pour en rester dans la graphisme, je suis assez d'accord avec Hergé lorsqu'il disait que la bande dessinée devait rester lisible avant tout. Je n'aime pas certaines bd ou comics justement parce que l'artiste s'amuse à fractionner les cases rendant la lecture peu aisée voire très difficile.

Philippe Cordier a dit…

Un auteur ami que je ne nommerai pas vient de me passer un excellentissime reportage sur Hergé (arte) Passionnant de bout en bout
je suis fasciné par la vie dans le crayonné et la froideur voulue, la perfection recherchée,à l'encre
Moi laurent c'est le contraire, à part enfant avec ma découverte des aventures de Tintin, cette froideur m'a toujours laissé de marbre tandisque le trait d'Uderzo me parlait à l'oreille (même si moins fort que celaui de Franquin)
On est proche du pictogramme avec cette ligne claire et c'est beau, mais c'est l'opposé de ce que je recherche en terme d'émotion
Voir le chat de Franquin prendre vie sur une page par la talent de son auteur me plait infiniment plus que de voir la perfection narrative de Herge. Sans compter que déjà quand j'étais jeune, savoir que de très nombreuses mains oeuvraient sous le nom de Herge me dérangeait. J'ai toujour voulu croire que mes BD n'étaient l'oeuvre que d'un seul homme
Reste qu'à analyser Tintin est extra, et que je vais peut être me pencher sur les versions noir et blanc de certains Tintins, plus purs en terme de réal perso

Et Jimmyraker je te suis, mais la lisibilité avec un rendu visceral, loin de l'épure, est encore plus fasinante à observer à mes yeux
Le choix du trait d'encre de cetet ligne claire est bien sur forcément difficile, mais rester lisible tout en étant spontané, c'est quelques chose aussi

Laurent Lefeuvre a dit…

Ah mais je te rejoins totalement pour Franquin. Mon indifférence ne concerne que Uderzo (et encore : Astérix, car j'adore Oumpah-Pa).

Par contre, tu l'as dit, de Franquin à Hergé ou Uderzo, Peyo : TOUS produisaient en studio.

Le paradoxe, c'est que c'est aussi ce côté chorale des auteurs qui empêchent tant de gens de lire des comics - surtout ceux qui, pas comme nous, n'en ont jamais lu lorsqu'ils étaient enfant/adolescent.

Moi, aujourd'hui, c'est le fait de passer d'une équipe créative à une tout autre, d'un épisode à l'autre, qui m'éloigne en premier lieu des comics. Revues comme albums : L'impression d'assister à un concert où Led Zep passe la main à Jul d'un morceau à l'autre, si vous me suivez...

Philippe Cordier a dit…

'tention, je fais une très grosse différence entre les "vrais studios" à la Hergé ou Peyo, proches, pour moi,de la prod anonymisée des mangas, et un Franquin, ou Uderzo, qui avaient juste, et encore pas toujours, un ou deux assistants
Pour Franquin on est à des années lumières du studio puisque, sauf erreur de ma part, il n'a réellement eu que JDM, crédité et visible sur les planches de par son style personnel

Pour les comics c'est justement, comme toi avant me semble t il, ce passage de relais qui plaisait d'un équipe à l'autre, d'un style à l'autre, avec des gouffres qualitatifs jubilatoires. je ne peux pas dire si, aujourd'hui, ça me rebute ou pas car je ne suis quasi plus au courant de la prod actuelle mainstream, ou très peu