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mercredi 5 juillet 2017

Est-ce un homme?

 Une seule double case la semaine dernière n'est pas assez. En voici un peu plus
Je connaissais le travail de Wolfman/Colan sur Dracula, sans jamais l’avoir vraiment lu
C'est chose, partiellement, faite avec le vol 3 des Essential Marvel (merci M'sieur Pwa)
Colan était, si on fait preuve d'un peu d'objectivité, parfois inégal dans son travail, selon les périodes et les titres, et il faut reconnaitre que certains boulots étaient expédiés (sans compter sa propension à découper tranquillement la première partie d'un comics et d’être obligé de condenser, trop, en fin d'épisode, pour caser toutes les idées du scénar qu'il illustrait)
Mais sur Dracula c'est clairement un "labor of love". Il voulait ce titre et a adoré bosser dessus
Seul au dessin il était bon...
 mais moins que le duo magique qu'il forma sur des dizaines de dizaines d'épisodes de notre vampire Tom Palmer est le meilleur encreur de Colan. Point.
On sait tous que Colan était l'un des artistes les plus durs à encrer, tant il rendait des planches texturées au crayon à papier, à interpréter par l'encreur
 Palmer est un génie de l'encrage (et un bon dessinateur, et un excellent coloriste, et un type charmant...)
Du trait fin (cf le front de Dracula) de l'épaisseur, de la trame collée...
Avec ce genre de pages on est carrément dans un film de la Hammer même si Colan s'inspirait de Jack Palance pour le perso (et non de Christopher Lee ou  Bela Lugosi)
Quelle atmosphère!
 Du jeu d'ombre ,de la trame légère en case 2, de la trame plus sombre en case 3...Palmer fait mouche à chaque fois pour sublimer le dessin
 De mieux en mieux, avec un réalisme que ne renierait pas Neal Adams, sans être photo-réaliste
 Sur les épisodes qui ne sortaient pas en comics, mais en revue, en plus grand, et en noir et blanc, les auteurs pouvaient jouer du lavis
Bob McLeod n'était pas un mauvais en encreur du tout sur Colan, mais je trouve qu'on voyait un peu trop son style par endroit, un peu plus lisse que Palmer, et il utilisait souvent moins les hachures
 Palmer savait utiliser le lavis également sur ce type de revues... (pour l'anecdote la 7ème image de cette entrée est également tirée de la revue n et b sur Dracula)
 mais quand il s'agissait de jouer de la finesse, des hachures, pour interpréter du crayon, il n'était pas en reste
 J'ai toujours aimé l'équipe John Buscema/ Tom Palmer, et jeté un œil intéressé sur le duo Neal Adams/ Palmer, mais je crois que je mets l'osmose formée avec Colan  peut être encore au dessus
Pour terminer, et rappeler à quel point Palmer est aussi un excellent coloriste, voici quelques splash pages de sa main. Il approchait chaque page, comme son encrage et comme le dessinateur, avec une certaine urgence (les comics étaient mensuels, sans les retards actuels). Cette urgence plus son sens de la couleur faisaient merveille : efficacité, simplicité, absence d'ego...
 
 
Vive Drac'

13 commentaires:

Francis a dit…

Wouah ! Cette page avec le baiser et magnifique !
L'encrage de Colan sur le premier épisode m'avait beaucoup plu (et après il faut supporter Colleta), mais avec l'arrivée de Palmer, on entre clairement dans une autre catégorie, qui tutoie les sommets.
Pour rester dans l'horreur 70's chez Marvel, je redécouvre en ce moment le Man-Thing de Mike Ploog, et je suis bluffé par son style.

Laurent Lefeuvre a dit…

Génial !

J'ai eu la chance de lire un album Dracula (chez Arédit/Artima) quand j'avais dans les 8 ans. À la même époque notre père nous a laissé ma sœur et moi, découvrir le clip Thriller de Michael Jackson chez Michel Drucker, en promettant de ne pas faire de cauchemars après (comme si on peut tenir ce genre de promesses !)

J'ai recopié de nombreux dessins de Dracula par Colan/Palmer (avec le sang au feutre rouge). J'avais dans les 8 ans.

C'est évidemment trop jeune pour lire ces histoires de meurtres, de sang, de ghoules qui reviennent pour se nourrir de vous ! Et c'est ça qui est génial ! Comme l'a dit Fabien Vehlmann (à propos de Sade ou Bataille, je ne sais plus), les livres vraiment importants sont ceux qui ne vous sont pas encore tout à fait destinés !

C'est valable pour les BD d'horreur, comme pour les revues de charme de papa.

(le tout étant de ne pas COMPLÈTEMENT se tromper non plus, entendons-nous bien).

Chez moi, la découverte de Dracula par Colan/Palmer, comme du clip de Michael Jackson, a été un traumatisme. Parce que j'étais TROP jeune.

Du coup, au-delà du brio des auteurs, ces épisodes, même si parfois inégaux en effet, produisent toujours leur effet.

Et quel bonheur que d'en découvrir les pages en noir et blanc !

Pour info, il y aura une expo consacrée aux Horror Comics lors de la prochaine édition de Quai des Bulles (St Malo - 27-28-29 octobre prochain).

Il y aura entre autres, une planche de Colan/Palmer sur Dracula.

Avant de finir, Phil, tu dis "digne de la Warner".

Tu veux dire Hammer, je pense !

Pour info : les monstres de la Universal (années 30, noir et blanc, Américains), sont ceux avec Boris Karloff (Momie, Frankenstein...), Bela Lugosi (Dracula), Vincent Price ou Lon Chaney (Loup-Garou...).

20/30 ans plus tard, dans les années 50-60, ce sera la boîte Anglaise, technicolor, de la Hammer qui prendra la relève (Christopher Lee en Dracula, Peter Cushing en Van Helsing ou Sherlock Holmes...).

C'était la minute "Agnan, premier de la classe".

(tapez pas ! J'ai des lunettes !)

Lionel Garcia a dit…

Sans verser dans le jugement de valeur, je préfère l'approche de Colan à celle de Neal Adams. Le dessin de Colan se prête beaucoup plus à l'interprétation. C'est la raison pour laquelle des personnages comme Dracula ou Batman lui conviennent à merveille.

Philippe Cordier a dit…

Francis je suis assez peu connaisseur de Ploog que j’associe, probablement excessivement, à un sous Eisner (puisqu’il a beaucoup bossé avec lui)

Laurent oops, oui c'est la Hammer, je corrige, et merci pour la minute d'érudition ciné
Et l'analyse sur les bouquins interdits est super intéressantes. je penche plus pour le lieu commun qui est de dire que les livres marquants sont ceux qui sont découverts avant 10/12 ans, mais le livre "trop tôt découvert" est bien aussi

Lionel tu parles sur ce genre de récit, ou bien en général? Si c'est en général il me parait bien dur, voire étrange de comparer Adams à Colan tant leurs styles sont différents et tant ils ont eu des périodes elles même très distinctes, graphiquement, au long de leurs carrières respectives. je préfère par exemple n'importe quel Colan, même encré par Colleta, à bien des travaux récents de Adams, tandis que les Batman vintage de Adams sont pour moi bien au dessus des premiers DD de Colan ou de ses boulots Marvel antérieurs...

Laurent Lefeuvre a dit…

Colan et Adams : les deux ont donné leur version de Dracula pour Marvel, à la même période. C'est pour ça que Lionel les compare (je suppose).

En Français, il faut se référer à l'Écho des Savanes Spécial USA n°5 (ma bible, tous les numéros !) pour lire ça. C'est le "Origin Story" du Dracula de Colan, en quelque sorte.

Le Dracula de Colan donne le vertige, ressemble à des plans d'Antonioni ou Brian de Palma, tandis que celui de Adams... j'ai toujours pensé qu'outre son style unique et séduisant (surtout à l'époque, et POUR l'époque)...sa mise en scène s'apparentait souvent à du Soap-opera (champs, contrechamps, visages aux expressions surjouées en permanence...) Seules ses vertigineuses plongées/contreplongées m'hypnotisaient (et m'hypnotisent toujours.

Philippe Cordier a dit…

Oui Adams est fascinant comme l'a été John Byrne pour la génération suivante : une bouffée d'air frais remettant au gout du jour, avec (beau) vernis moderne, des fondamentaux oubliés (car le réalisme en BD/strips ne date pas de lui, mais il l'a re-popularisé) Même en pilotage automatique Adams, à sa grand époque, m’éblouissait. Colan est largement plus brillant quand il est très bon (cf Dracula) mais par contre il atteint, pour moi, une quasi vacuité quand il bâclait (cf des scènes à 80% composées de lignes de vitesse, de mouvement à peine esquissé) Il trichait plus facilement (et c'est ce que Shooter lui a beaucoup reproché) mais quand il était bon il était sacrément bon

Lionel Garcia a dit…

Je pensais effectivement au parallèle entre le Dracula de Colan et d'Adams. Merci Laurent pour le développement.

Lionel Garcia a dit…

Puisque l'on parle des personnages de la littérature fantastique croqués par Adams un petit lien à savourer:

http://powerrecord.blogspot.fr/2008/05/story-of-dracula-wolfman-and.html

Philippe Cordier a dit…

chouette, mais alors quelle densité cases/textes!!!

Lionel Garcia a dit…

Presque du Blake et Mortimer (sourire). Même si pour moi, la bande dessinée reste un support visuel, je regrette un peu cette époque où l'image et le texte jouaient presque à à jeu égal. Pas étonnant que certains artistes reconnaissent avoir appris à lire avec les comics.

Hier, j'ai acheté l'intégrale Iron Fist 1974-1975 et en comparant les traductions panini et lug dans Titans, j'ai constaté à quel point, les bulles de la version Lug empiétaient sur le dessin.

Philippe Cordier a dit…

jusqu'à ce qu'ils utilisent les films us c'était en effet hallucinant. Parfois il doublaient quasi les tailles de bulles

Anonyme a dit…

Un peu comme l’explique Laurent Lefeuvre avec son souvenir d’enfance de Thriller avec Michaël Jackson, Gene Colan fût lui aussi terrifié par la vision d’un personnage monstrueux mais c’était le Frankenstein de James Whales. Son père voulait voir ce film et avait amené avec lui son fils, alors âgé de 5 ans en 1931, sans trop se préoccuper du choc que cela pourrait procurer sur son enfant. Comme le dira plus tard Colan il est ressorti de la petite salle de cinéma du Bronx à tout jamais différent…

Une petite précision puisque Laurent évoque les films des années 30 de Universal, il faudrait enlever Vincent Price de la liste, puisque ce dernier n’est pas de la génération de Lon Chaney, Bela Lugosi et Boris Karloff. Environ trente ans le sépare de ce trio de fameux comédiens.

Toujours pour rester sur le cinéma, Colan fût davantage marqué par le cinéma américain que par le cinéma européen.C’est ainsi qu’un réalisateur comme Sidney Salkow lui ouvrit dès 1942 tout un univers visuel avec un film comme les aventures de Martin Eden. Ce second choc cinématographique fût celui de sa rencontre avec le travail sur les jeux d’ombres en noir et blanc. Le travail sur l’éclairage de la bagarre dans la ruelle, où les ombres se projettent au mur dans un effet de perspective démesuré impressionna Colan (il ne fût du reste pas le seul puisque Samuel Fuller, en 1961, reprendra cette belle séquence dans son film underworld USA).

J’imagine que Colan continua à suivre Salkow lequel en 1964 réalisa la première adaptation de je suis une légende, d’après l’histoire de Matheson. A cette même époque Price était à l’affiche du fameux cycle de Corman sur les adaptations des histoires d’Edgar Alan Poe. Colan devait également suivre ce comédien depuis un bon moment déjà puisque Price s’en donnait à cœur joie dans le fantastique depuis la fin des années 50. De toute façon à cette époque qu’il s’agisse des monstres ou du travail sur l’éclairage Colan était déjà très à l’aise avec tout ceci ainsi que l’on peut le voir avec son travail dans Strange Tales, Adventures into terror, etc

Pour en revenir à la BD, je n’aime pas trop l’encrage de Tom Palmer, lorsque l’on voit les originaux on s’aperçoit que c’est tout de même souvent assez charbonneux, cela étant Palmer est un artiste de talent et j’en conserve aussi un souvenir très fort car le duo Colan et Palmer fait partie de mes premières lectures de comics lorsque j'étais enfant. Bravo à Phil Cordier d’avoir rendu ici un hommage à ces grands artistes.

Espérons que Fred (Néofelis) nous sortira un numéro spécial sur Colan depuis le temps que je lui demande…

Au plaisir de vous lire. Bien à vous.

Philippe Fadde

Philippe Cordier a dit…

Merci beaucoup pour ce copieux et intéressant topo en tout cas