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vendredi 16 juin 2017

Eisner Miller Janson

 Cette entrée indique 3 noms qui m'ont fait rêver plusieurs décennies
Ils sont liés car, il y a deux mois, a eu lieu une conf animée (en pratique) par Klaus Janson, avec Frank Miller, sur l'apport de Will Eisner à la BD
Les près de 2 heures de discussion se trouvent sur youtube facilement
https://youtu.be/s--asnHjWEw
C'est super intéressant car ils quittent Eisner, y reviennent, comparent, analysent et, forcément parlent de leur propre boulot, de chacun, de leur duo...Extra!
L'affiche les représentait...étrangement
 les voici en vrai
 Que Miller fut influencé par Eisner, sur Daredevil, c'est une évidence et il le revendique, que ce soit dans le fond (un polar avec 2nd degré) la forme (cf pleine page ci dessous), les perso (Elektra très inspirée par Sand Saref...)
 Le duo évoque ce que Janson considère comme l'épisode de DD le plus marqué par Eisner. DD 185 (le premier avec Miller crédité comme narrateur et Janson dessinateur/encreur/coloriste)
Je l'ai toujours beaucoup aimé, malgré un dessin moins carré, moins "parfait" que quand Miller dessinait plus

 Dès le début de l'épisode, DD explique que c'est une aventure de Foggy et replace le contexte (que le lecteurs connait mais l'eic Shooter l'a probablement imposé)
 Foggy est donc la star et il est vrai qu'avoir un perso sans pouvoir, qui trempe dans une histoire polar , dépassé par les évènements mais qui s'en sort, et avec des sourires...ça faisait très Spirit


 Je note au passage que les scans tirés, ci dessus, des comics me plaisent bien plus que ceux faits à partir des compil aux couleurs boostées

Un beau noir et blanc
 Une page, puis une partie en découpage de Miller et en dernier le dessin et l'encrage (avec de belles trames) de Janson



12 commentaires:

Laurent Lefeuvre a dit…

C'est fou comme je ne m'en lasse pas, de ces pages !

J'ai eu l'occasion de dire à Klaus Janson, que cet épisode 185 de DD est mon préféré, y compris graphiquement (il en était ravi) : on est entre les trouvailles narratives d'Eisner... et le plaisir de la page avec des persos qui trouvent un espace pour évoluer, comme s'inspireront plus tard les Jim Lee, McFarlane, Silvestri and co.

L'intelligence, la finesse, l'ambiance d'Eisner... alliés au fun, qu'incarneront des futur Image-Boys, alors encore chez Marvel, à la toute fin des années 80.

Janson n'y a jamais été aussi bon, et il est très difficile d'y voir une prépondérance de l'un (Miller) ou l'autre (Janson) sous le saint patronage d'Eisner.

Comme un nageur entraîné par le sillage puissant du hors-bord qui vient de le frôler, Janson est porté par l'influence de Miller.

La somme des deux supérieure à celle des deux séparés, comme aimait écrire Claremont à tout bout de champs !

Bon week-end !

JP Nguyen a dit…

C'est dingue, je pensais justement à cet épisode ce matin en prenant les transports !
En particulier la scène où Foggy est face à des truands et où la pièce est plongée dans le noir pour que DD vienne lui donner un coup de main. La divergence entre les pavés narratifs de Foggy, qui expliquait qu'il gérait à mort, et les cases le montrant paniqué avec DD lui sauvant la mise, était toute simple mais bien rigolote.
Une belle déclinaison du procédé du narrateur non-fiable en BD.

Philippe Cordier a dit…

Un cerveau pour trois:)

RDB a dit…

Ce qui domine, à travers, Eisner, c'est la fantaisie. Je crois que tout artiste anglo-saxon lui en est redevable à ce titre, ce goût de la facétie, du plaisir de jouer constamment avec les éléments du média (la compo des images, le texte, les différents niveaux de lecture, etc) et le lecteur. C'est brillant car c'est ludique.

Pour ma part en tout cas, c'est quelque chose dont je suis friand, n'aimant plus trop le premier degré, le trop grand sérieux attaché aux comics des super-héros, mais lui préférant désormais cette distanciation ludique, ce décalage plus ou moins subtil (attention à ne pas sombrer non plus dans la farce).

Quand c'est réussi, il me semble que ça transpire directement de la page, on devine facilement le plaisir pris d'abord par les auteurs (et quand ils possèdent une solide technique, évidemment, c'est parfait). Je trouvais ça chez le regretté Wieringo, aujourd'hui chez Samnee, et chez Alan Davis dont je poursuis la relecture de ses "Excalibur" en ce moment (c'est encore plus frappant quand il reprend la série, seul, scénar + dessin : Claremont s'amusait déjà mais sans se départir de sa rigueur de feuilletoniste, alors que Davis en solo ne se refuse rien et son dessin s'en ressent - les cases explosent, les expressions sont encore plus appuyées, bref il s'éclate).

Ce qui frappe enfin, c'est la liberté d'Eisner qui était son seul maître à bord. Avec l'encadrement des editors (qui, plus ou moins compétents, murmurent souvent à l'oreille de leurs auteurs), on ne voit plus guère (plus du tout ?) des épisodes comme celui de DD où tombent toutes les figures imposées du genre, même ponctuellement.

En ce moment, sur Buzzcomics, une discussion tourne sur le retour prévisible des 4F et chacun y va de son équipe créative favorite pour reprendre le titre, de quelle manière, en s'interrogeant sur quels points il faut miser pour les rendre à nouveau attractifs. De mon côté, je pense qu'une approche comme celle-ci fonctionnerait, sans être obsédé par un pseudo-réalisme, en restant frais, fun, un peu décalé, serait parfaite (c'était d'ailleurs la clé du succès du DA "les Indestructibles" de Brad Bird, aux innombrables références empruntées aux FF).

Lionel Garcia a dit…

Magnifique épisode qui montre tout ce qui n'existe quasiment plus actuellement. Un jeu avec les personnages et les lecteurs, une narration limpide et surtout une distanciation du genre nimbée d'un humour jubilatoire.

J'ai relu hier soir, les Fantastic Four The end de Davis. Il serait un repreneur parfait pour la première famille Marvel.

Philippe Cordier a dit…

la fanatasie domine peut être chez Eisner, mais essentiellement sur le Spirit. Après sur ses "rtomans graphiques" il monte encore, ce qui en fait l'auteur le plus complet que je connaisse (et le meilleur)
Oui Davis serait le repreneur idéal des FF, avec son décalage UK et son respect du matos de base

RDB a dit…

Mais Davis ne reprendra pas les FF. Pour d'innombrables raisons : il n'a pas "la carte" (il n'y a qu'à voir ses derniers projets depuis "Marvel Tales" - les 3 Annuals des FF, justement, DD et Wolverine avec le ClanDestine - : on ne lui confie plus rien de personnel, un tie-in à "Secret Wars", des fill-in sur "Savage Hulk" eet "Totally Awesome Hulk", trois minis écrites par Starlin - un auteur qui me tombe des mains - avec Adam Warlock et les Gardiens de la Galaxie) ; il a répété qu'il ne désirait plus s'engager à long terme sur une série (surtout parce qu'il ne veut ni dépendre de la continuité ni d'un d'un editor qui pourrait le brider) ; Marvel ne confie plus l'écriture ET le dessin à un seul homme depuis des lustres (conséquence encore perceptible du clash avec les fondateurs d'Image)...
J'ai en mémoire qu'il a dit que les derniers travaux où il s'est amusé étaient "Fantastic Four : The End", et plus récemment "Avengers Prime" (que Bendis lui avait écrit sur mesure). Sans vouloir être bougon, quand je vois parfois les dessinateurs à peine capable de narrer correctement un épisode et que Davis est quasi-placardisé, je me demande ce que fichent les cadres de Marvel alors qu'ils ont sous contrat un artiste de ce calibre.

Quant à Eisner, ses graphic novels sont peut-être moins ouvertement fantaisistes, selon le cadre de l'histoire, mais je trouve qu'il y a toujours cette malice, cette dérision, ce regard de vieux sage (qui en a vu et à qui on ne la raconte pas) qui irradient la narration.
Je ne sais pas si ça en a fait le meilleur, le plus complet : dès qu'on entre dans ce genre de compétition, je suis vite en rade. Et l'affectif se mêle étroitement aux considérations purement techniques. Disons qu'Eisner a été (et reste, car ses récits vieillissent formidablement bien) un défricheur exceptionnel, il a brisé des carcans, fait progresser tout ce bazar avec une vigueur admirable.

Philippe Cordier a dit…

tes dernières phrases résument bien : novateur, défricheur, pionnier, et surtout en effet, les relectures de ses livres me ravissent toujours autant, pour la grande majorité
Signe qui ne trompe pas

Johann a dit…

L'article fait encore une fois bien plaisir. J'ai à chaque fois l'impression que tu pourrais écrire sur Miller et Janson tous les jours sans t'en lasser.

Philippe Cordier a dit…

ajoute Eisner, Kubert, JRjr et ton impression est la bonne :)

Lionel Garcia a dit…

Dommage que les Kubert, Romita Jr ne puissent plus me faire rêver comme par le passé. Je peux comprendre les lassitudes d'un auteur face à une industrie dont les éditeurs ne sont pas toujours à même de valoriser leurs talents par plus de liberté. Mais à la longue, je vais faire pas mal d'économie si cela continue... Vivement ton ouvrage sur Romita Jr, pour soigner ma lassitude à l'égard de son travail actuel...

Philippe Cordier a dit…

ou non...si tu as une vraie lassitude de son style ça te confortera ;)